Deux lettres d'amour en hiver (exercice N°28)
Ma chérie,
je ne sais comment te dire combien ta présence auprès de moi, est précieuse et le fut tout au long de notre vie commune.
Cette vie, ensemble, ne fut pas facile. Nous étions si différents, moi le militant de toutes les causes, le défenseur de toutes les victimes humaines ou animale. Qu'une catastrophe dévaste une région du monde, j'étais sur place à filmer cadavres et meurtriers.
Pendant ce temps, toi, ma douce amie, ma chérie, tu cultivais le jardin, silencieusement, doucement.
Lorsque je brandissais l'article du journal , la preuve de la cruauté d'un dirigeant barbare, tu restais à contempler nos enfants dormir.
Je t'implorais pour un regard aux survivants des massacres.
Tu disais: "ils sont loin, je ne peux rien faire, pleurer sur eux, ne changera rien, il est plus important, pour l'avenir d'aimer et de consoler ceux-là. J'agis utilement ainsi."
Je ne te comprenais pas à cette époque.
Depuis que je suis au rebut, pour "laisser la place aux jeunes", je t'observe enfin dans l'émerveillement.
Lorsque le matin, tu ouvres la fenêtre pour écouter chanter les alouettes, ta présence immobile est un émerveillement. Lorsque tu soignes les roses, tes humbles gestes m'enchantent.
Je fus un corbeau perché sur un crâne, pour être témoin au paroxysme du vacarme, de ces tumeurs d'un siècle dont on gardera souvenir pour l'éternité.
Tout fut vain. Rien ne fut changé par moi.
Tu fus une alouette, âme belle transmuant chaque gestes tranquille en acte d'amour.
Tu avais raison lorsque tu disais: "l'humanité, pour la sauver, il faut la comprendre et l'aimer. Pour la comprendre et l'aimer commençons par regarder, ce qui est tout proche, ce qui est beau en elle."
Toi, tu as su améliorer autour de toi.
Merci, ma chérie.
****************************************************************************************************
*****************************************************************************************************
Mon grand Homme,
J'admirais l'engagement qui t'envoyait en des pays lointains pour témoigner de la folie des guerres, offrande en sacrifice sur l'autel du journalisme,
Lorsque j'attendais en vain ton retour, j'étais Pénélope dont la tapisserie se brodait du sang de l'attente, ce poison noir, redoutant d'accueillir, ton corps déchiqueté, emmuré en un cercueil, destiné à la profondeur de la terre.
Pour noyer les brûlures du désespoir, je tirais l'aiguille de la tendresse tissant un havre de paix au coeur du quotidien.
Mon jardin, objet de temps de soins, c'était un phare. Tu apercevrais son feu au coeur du désastre.Effondré, tu te relèverais et suivrais la lumière jusqu'au port que je désirai être.
Je n'avais pas ta force pour les grandes actions.
Je m'immergeai dans le quotidien, la tendresse, la beauté du jardin que je cultivais afin que mon guerrier puisse se reposer.
Aujourd'hui, te regardant resplendissant, je sais que j'ai agis justement, contribuant à travers toi, à améliorer la liberté.
Merci, mon chéri.